Six Sigma ... or not Six Sigma ?
Discussion créée par Nicolas VOLCK, le 12 Février 05:16
Je me suis également posé cette question lors de ma première expérience avec Six Sigma, qui se trouvait être dans une entreprise américaine. Je m’étais alors fait la réflexion qu’il était peu probable qu’une telle approche puisse fonctionner en France, du moins si elle était déployée de la même manière …

A l’issue de cette expérience, j’ai donc cherché à mettre en lumière les inévitables points faibles de 6 sigma (en quelque sorte le pendant de votre question : « pourquoi ne pas foncer tête baissée sur Six Sigma ? »), aussi bien que le potentiel de cette approche pour les organisations européennes (au-delà des « promesses » médiatisées et semblant « trop belles pour être vraies » qui ont contribué à décrédibiliser la démarche dans nos entreprises). Mon objectif au final était d’aboutir à une perspective plus nuancée, plus équilibrée et donc plus réaliste des points forts et des limites de cette approche.

Les précédentes réponses ayant surtout mis en avant les points forts, voici quelques écueils à éviter lors de la mise en œuvre que j’ai identifiés :

- Un battage médiatique hors de proportion
- Une approche parfois mystique voire dogmatique
- Une confusion fréquente entre finalités et moyens
- Une mise en œuvre parfois lourde et rigide
- Une utilisation des statistiques parfois abusive
- Des impacts financiers parfois difficiles à estimer

A la lecture de ces points, on remarque qu’il s’agit davantage de dérives liées à une utilisation inappropriée de la démarche plutôt que des défauts propres à Six Sigma. Mais d’une manière plus générale, peut-on encore s’attendre à obtenir des résultats mirobolants grâce à une méthode miracle, sans se préoccuper de la qualité de sa mise en œuvre ? Quelle que soit l’approche utilisée, le succès ou l’échec des projets dépend probablement plus de la façon dont la démarche va être exploitée, adaptée aux problématiques et accompagnée dans l’organisation, que de la démarche en elle-même.

Comme déjà évoqué, il est important de rester ouvert à d’autres approches et il peut être intéressant d’intégrer et de combiner Six Sigma avec d’autres démarches complémentaires (comme c’est le cas avec le Lean). 6 sigma, que l’on peut considérer comme une synthèse des précédents mouvements de la qualité, reste en perpétuelle évolution, il est donc fort probable que ce ne soit pas « l’ultime » approche … quitte à changer encore de nom ! Mais le nom de l’approche utilisée est-il vraiment important, à partir du moment où la mise en œuvre est adaptée à l’organisation, les aspects humains sont bien pris en compte et les résultats escomptés sont obtenus ? Il ne faut pas oublier que Six Sigma n’est qu’un moyen, qui doit être au service de la stratégie de l’organisation et non pas l’inverse. Si cette approche facilite la gestion de projets d’amélioration ou de conception par un cadre méthodologique, elle ne doit pas se transformer en « carcan dogmatique » …

De ces réflexions et d’entretiens avec des experts et des utilisateurs du Lean Six Sigma est né un livre, « Déployer et exploiter Lean Six Sigma » (Editions d’Organisation, Eyrolles, mai 2009). J’y aborde notamment « les bonnes questions à se poser avant de se lancer dans un déploiement », ainsi que les écueils à éviter et le potentiel évoqués plus haut.
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