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Opposer la démarche processus à l'entreprise 2.0 est un mauvais débat Populaire

Opposer la démarche processus à l'entreprise 2.0 est un mauvais débat

Actualité

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Analyse

Domaines BPM

L'entreprise 2.0 l'illusion du système idéal ?

Nous entendons régulièrement des oracles prédire que désormais, grâce à la magie du 2.0, le monde de l'entreprise ne sera plus jamais comme avant.

Dans cette nouvelle ère, les structures hiérarchiques s'estompent. Les collaborateurs contribuent spontanément à l'innovation grâce aux réseaux sociaux inter-entreprises (les RSE) et grâce à une nouvelle dynamique coopérative. L'intelligence collective se structure spontanément pour traiter des situations de plus en plus complexes. Les ressources de l'entreprise sont spontanément utilisées à bon escient pour traiter des cas de plus en plus complexes et des situations de plus en plus individuelles, c'est l'ère du « Complex Event Management » et du « Case Management ». Dans ce monde, le client s'exprime naturellement et cette expression est représentative de la pensée de tous. Dans ce monde, le client contribue spontanément, directement ou au travers de l'analyse de ses réactions, à la définition des nouvelles offres de produits et de services.

Il y a du vrai dans tout cela, et pour le bénéfice de tous (clients, collaborateurs, partenaires). En revanche, pousser ce trait jusqu’à la caricature consiste à opposer les entreprises du passé, l’entreprise des processus structurés et figés, aux entreprises d’avenir, agiles, auto-apprenantes, innovantes, les entreprises 2.0. Il suffirait à entendre certains, de mettre en place un dispositif 2.0 vers ses clients (écoutons les sur Facebook) et vers ses collaborateurs (mettons vite en place un RSE) et tout ira mieux.

Cette caricature rappelle par certains aspects les débats qui ont un temps opposé l’innovation à la démarche processus. L’innovation était considérée comme incompatible avec la démarche processus puisque le processus consistait à figer les choses et les répéter, ce qui ne pouvait faire bon ménage avec la dynamique de l’innovation qui devait suivre une logique de rupture.

Tous cela est faux, dangereux, naïf et traduit une incompréhension de la réalité de ce qu’apporte le 2.0 Les acteurs qui ont réellement mis en œuvre des démarches 2.0 savent que ces dernières ne sont efficaces que si elles sont supportées par des processus très structurés :

  • L’écoute de ses clients sur Facebook, sur les forums, sur son propre site requiert la mise en place de dispositifs industriels pour s’assurer que les billets sont analysés, triés, et font l’objet d’un suivi quand cela est nécessaire (cela s’appelle un processus).
  • Les RSE ne sont efficaces que si l’entreprise met en place un dispositif motivant les collaborateurs de l’entreprise à contribuer, à partager (par exemple, demander à chaque fin de mission à un collaborateur de publier les enseignements d’un projet, de partager les connaissances acquises), à réagir.

 

Sans processus structuré, les dispositifs 2.0 sont non seulement inefficaces, mais en plus potentiellement dangereux

Les professionnels du Knowledge Management le savent depuis longtemps, la gestion de la connaissance et le partage ne peuvent s’appuyer uniquement sur la spontanéité, il faut aller chercher le contenu, appeler à la contribution, susciter les commentaires.

Sans processus structuré, les dispositifs 2.0 sont non seulement inefficaces, mais en plus potentiellement dangereux. Ils le sont en terme d’image (il y a beaucoup plus de personnes pour se plaindre des trains qui ne sont pas à l’heure que pour louer la ponctualité), mais également en terme de représentation de la réalité. Ceux qui sont actifs, sont peu nombreux et pas forcément représentatifs de la majorité. Les acteurs de l’internet s’appuyant sur des logiques 2.0 savent que, en dehors de la sphère privée (facebook), moins de 1% des internautes contribuent spontanément et que moins de 10% des acteurs réagissent aux contributions. Peut-on envisager de construire une stratégie qui ne prend pas en compte 90% de ses clients ? L’on sait également que les effets de seuils sont très forts et que dès lors, ce qui peut parfois fonctionner en BtoC et CtoC sur de très larges populations, ne fonctionne pas forcément en B2B.

Pour tirer les fruits de l’énorme potentiel du 2.0 (innovation, sentiment d’appartenance, écoute client, différentiation concurrentielle, génération d’opportunités commerciales, notoriété, etc) il faut penser les processus du 2.0 et ne pas croire en la génération spontané de la valeur. Il se peut que nouveaux processus soient à mettre en œuvre, il est certain qu’il faille adapter les processus existants (relations clients, innovation, gestion de la connaissance, etc).

Il n’y a pas d’un côté le monde des processus et de l’autre le monde du 2.0, qui au mieux cohabiteraient et au pire s’opposeraient. Il y a le monde de l’entreprise qui doit adapter ses processus et son pilotage pour tirer profit du potentiel du 2.0.

 

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User comments

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François Tabourot Commented by François Tabourot    31 janvier 2012
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Bravo

Je me réjouis de voir que nous sommes de plus en plus à partager ce point de vue et ces idées sur lequelles je m’étais exprimées sur mon blog fin 2010 avec en conclusion : « je crois donc que collaboratif et processus sont deux réponses distinctes à des problèmes différents et complémentaires qui font la richesse et l’intérêt des pratiques de l’organisation. » Lire l’intégralité du billet : http://www.tabourot-enaparte.com/2010/12/02/process-et-collaboratif/

Bertrand DUPERRIN Commented by Bertrand DUPERRIN    26 janvier 2012
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Merci

En effet, le monde de l'entreprise 2.0 manque très souvent d'un background process et a trop souvent essayé de se construire "contre" la structure, les processus plutôt qu'à son service. Sans grande appétence pour les chiffres non plus. Un tel positionnement qui oppose les choses plutôt qu'il ne les met en synergies est, comme vous l'écrivez, dangereux. Il manque d'ailleurs de sens en termes purement business, justifie la politique de l'autruche sur le ROI (forcément on n'améliore rien au niveau opérationnel) et finalement explique le peu d'entrain des salariés a qui on impose quelque chose en plus qui n'a pas vocation à améliorer ou simplifier leur travail quotidien.

Alors bien sur la dimension communautaire est très intéressante sur des dispositifs d'apprentissage. Mais a coté de cela on méconnait totalement la dimension exécution sans laquelle le savoir n'est que de peu d'utilité.

Paradoxal lorsqu'on se dit que toutes ces démarches ont pour but le développement et une meilleure utilisation des actifs immatériels de l'entreprise dont on sait qu'ils n'ont qu'une valeur potentielle qui ne se réalise que couplés à un processus. Mais pourtant vrai.
Heureusement on commence à voir émerger des réflexions plus abouties qui positionnent les dispsitifs 2.0 au service des logiques d'exécution (je vous conseille à ce sujet l'excellent "Processus et Entreprise 2.0" d'Yves Cazeau si vous ne l'avez déjà lu).

La maturité progresse donc. Mais on vient de loin et la route est encore très longue.

Michel RAQUIN Commented by Michel RAQUIN    25 janvier 2012
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Bon sens et réalisme

Pour ma part je partage volontiers cet article qui est emprunt de bon sens et surtout de réalisme.
En effet, l'histoire de l' évolution des organisations montre, et ce depuis le début du siécle dernier, que les mouvements d'organisation naissent en réaction à l'environnement, mais sont toujours porteur d'un certain nombre de concepts ressortants des mouvements post.
Si l'on réfléchi un peu, concernant l'approche processus, on voit que nos organisations actuelles sont, dans leur fonctionnement actuel, très cloisonnées et sont orientées verticalement alors que pour répondre, de manière efficente aux clients, une approche horizontale, transversale est nécéssaire. Et c'est la raison fondamentale qui conduit à s'intéresser aux processus. Et c'est fondamental. Ce qu'apporte les "ingrédients" de l'entreprise 2.0, ce sont des outils, des possibilités qui vont rendre plus efficaces l'approche transversale en permettant aux acteurs d'être mieux informés, de mieux communiquer, de travailler de manière coopératif. C'est donc un levain qui va permettre de transcender l'approche processus et non la remplacer.
C'est une vision peut-être un peu angélique, mais rien n'interdit de viser haut.

Michel RAQUIN
Président du Club des Pilotes de processus